Réflexions lors d'un bouchon sur l'autoroute
Un soir, après une journée particulièrement chargée de cours et de
rencontres avec des étudiants, je reviens chez moi, vanné, heureux de
laisser la ville et empressé de retrouver les miens dans la quiétude de
ma campagne. Tout à coup, devant moi, sur l'autoroute, un bouchon se
forme dans la circulation, immobilisant complètement des centaines
d'automobilistes.
Par Marc Vachon. Publié dans Travail et santé. Psychologue, conférencier et auteur dans Travail et santé.
"Ah non!, me suis-je entendu dire en même temps que d'autres, mais
qu'est-ce qui se passe? Pourquoi ya-t-il un tel embouteillage ici?
Probablement un accident un peu plus loin", me suis-je répondu, pendant
que d'un geste réflexe j'ouvrais la fenêtre et respirais un bon coup,
appuyé sur l'appui-tête et prêt à attendre un bon moment. Du coup,
cette bouffée d'air frais m'a fait du bien et je me suis détendu.
Et comme j'avais le temps de penser, pris en sandwich entre ces
automobiles devant et derrière moi, je me suis dit que, bien souvent,
quand on demande pourquoi, on ne pense qu'à une partie de la réponse.
On répond parce que, cherchant une cause, une raison qui a provoqué un
état, mais on oublie de répondre pour que. Pourquoi cet embouteillage?
Parce qu'il y a un accident et pour que je puisse prendre le temps de
décompresser après la journée.
C'est drôle, mais en voyant les choses de cette façon, la situation non
seulement s'expliquait (parce que, la raison, la cause), mais prenait
un sens et devenait, ma foi, plus tolérable. Au lieu de tempêter contre
mon mauvais sort, de devenir anxieux et de faire monter ma pression,
j'oxygénais mes poumons, relaxais mes muscles et laissais vagabonder
mon esprit ça et là.
Pourquoi
cet échec financier? Parce que j'ai mal planifié mes dépenses, mes
investissements, mais aussi pour que je puisse réévaluer ma situation
et peut-être m'orienter différemment, d'une façon qui corresponde mieux
à ce que je suis vraiment.
Pourquoi
cette maladie qui m'affecte et vient gâter ma qualité de vie? Peut-être
pour que je m'éveille enfin, par l'épreuve, à ma vie intérieure, à ce
que je suis vraiment.
Finalement, quand on se met à faire ce petit exercice devant les
événements qui nous arrivent, on s'aperçoit d'abord que la raison ou
l'explication est importante, bien sûr, mais qu'elle n'est pas
suffisante; en soi, la seule explication est stérile. Le sens est tout
aussi important: il vient nous orienter vers en avant et modeler notre
réalité.
La raison ou l'explication se rapporte au passé, le sens au devenir. On
est trop souvent porté à ne chercher que l'explication, se contenter de
raisons, sans se donner la peine de trouver le pour quoi, oubliant par
ce fait même un élément qui nous permettrait de repartir du bon pied
positivement.
Je me suis alors demandé ce qui se passerait si on étendait cette façon
de voir à tous les événements qui nous arrivent, heureux ou malheureux;
si face à ceux-ci on ne se demandait pas seulement pourquoi, mais pour
quoi, dans quel but, si on cherchait le sens caché.
Pourquoi
suis-je malade après avoir festoyé un peu plus que d'habitude chez des
amis? Parce que j'ai trop bu et trop mangé (la raison), mais aussi pour
que je m'éveille à mes limites, à ce que mon corps peut supporter (le
sens).
Pourquoi
cette querelle avec mon conjoint à propos des enfants? Parce que nous
n'avons pas la même éducation (la raison), mais également pour que nous
puissions dialoguer et trouver un terrain d'entente face à leur
éducation.
Face à
des choses qui nous arrivent, on peut toujours parler de la destinée;
tant qu'à moi, j'aime mieux chercher comment ils peuvent s'intégrer
dans ma propre évolution.
Cela
semble simpliste et j'admets qu'il faut parfois pas mal de recul pour
trouver un sens à certaines épreuves (pensons à la perte d'un enfant
par exemple), mais cela n'enlève rien à l'importance de donner une
autre dimension à ces expériences.
Tiens!
Voilà que la circulation redevient normale. Pourquoi ? Parce que
l'obstacle a été enlevé de la route et pour que je puisse aller me
reposer de tant penser...
Le burnout, pourquoi ou pour quoi?
Nous pouvons faire cet exercice avec le burnout. Pourquoi ce burnout
qui vient gâcher ma vie? Et pour quoi?
Parce
que j’ai dépassé mes limites, je ne suis plus bien dans ma peau. Pour
que je réorganise ma vie en fonction d’un meilleur équilibre entre ma
vie professionnelle et ma vie personnelle.
Le
burnout offre l'occasion de se regarder, de réfléchir et de prendre des
décisions qui permettent de réorienter sa vie, de refaire ses priorités
et de revoir ses valeurs, ses attentes dans le quotidien, dans
l'instant présent. Le burnout, c'est un signal d'alarme.
Mais rien ne sert d'attendre l'arrivée du burnout pour faire le point. Et vous, où en êtes-vous?
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