Le 25 juin 2007. Un manque de bacs de recyclage au parc d’attraction de
La Ronde fait la une du Journal de Montréal. Les médias radio et
télévisés s’emparent aussitôt de la nouvelle. Rapidement, la situation
est corrigée. Voilà une démonstration de plus que les enjeux
environnementaux sont devenus des critères de premier plan pour l’image
corporative des entreprises.
Le 5 juillet, c’est au tour des bateaux de croisière du Québec d’être
ciblé par les médias. Ainsi, on pouvait lire dans un article signé par
Jessica Nadeau du Journal de Montréal de ce jour : ‘Il n'aura suffi que
de quelques capsules de colorant végétal au Journal de Montréal pour
prouver que les bateaux de croisière du Vieux-Port de Montréal
déversent leurs eaux de toilettes directement dans le fleuve’. Dans les
faits, un journaliste du Journal a versé des capsules de rodomine, un
colorant rosé, dans les toilettes d’un bateau mouche. Quelques secondes
plus tard, la coloration apparaissait derrière le bateau. L’article du
Journal précise toutefois que cette pratique est légale pour l’instant.
Comme pour le cas précédent, les médias radio et télévisés se sont
emparés de la nouvelle pour la diffuser à leur tour. Les croisiéristes
réagissent rapidement et quelques jours plus tard ils annoncent qu’ils
vont s’attaquer à remédier à la situation.
Dans les exemples ci-haut, nous sommes très loin de l’époque où des
usines envoyaient des quantités industrielles de polluants dans les
eaux sans traitement adéquat. Il y a à peine 25 ans, quelque 40 tonnes
de mercure s’étaient accumulées dans le lac St-Louis à cause d’une
usine qui déversait directement dans la rivière St-Louis ses eaux usées
sans traitement valable. Il y a trente ans environ il arrivait que
l’eau de la rivière de la Tortue, sur la rive sud de Montréal soit
rouge suite à l’envoi dans cette rivière des eaux de lavage d’une usine
qui nettoyait des pièces de métal à l’acide. Cette eau s’écoulait dans
le bassin de Laprairie en face de Candiac.
Heureusement les choses ont évolué et maintenant les eaux usées sont
traitées dans la grande majorité des cas.
L’image environnementale
L’image environnementale, fait partie intégrante de l’image
corporative. De plus en plus d’entreprises misent sur leur image
environnementale dans leurs publicités. Ils s’enorgueillissent d’être
verts. Au contraire, une mauvaise image environnementale ne peut que
nuire à leur développement économique. Les médias détiennent un pouvoir
très puissant pour faire connaître les bons comme les mauvais coups au
niveau environnemental. De plus en plus d’entreprises exigent de leurs
fournisseurs de démontrer qu’ils respectent l’environnement dans leurs
procédures de fabrication. Toutes les pièces de certains modèles
d’automobiles sont entièrement recyclables. Malgré les énormes efforts
qu’il faut toujours y consacrer, il serait difficile de revenir en
arrière au niveau des progrès déjà réalisés pour la protection de
l’environnement.
L’image environnementale se publicise avantageusement
L’image environnementale se publicise. Ainsi, par exemple, la
pétrolière Shell a produit un Rapport sur le développement durable
2006(1). Un document tout en couleur de 46 pages (incluant les
couverts) que nous avons reçu à Travail et santé. Dans sa lettre
d’introduction, en page 1, le président Clive Mather insiste sur
l’importance de protéger l’environnement, mentionnant, entre autres,
que les changements climatiques sont devenus, pour bien des gens,
l’enjeu le plus important auquel la société doit faire face sur le plan
de la viabilité.
Le magazine Vision durable (www.visiondurable.com) cite et produit de très nombreux exemples d’entreprises favorisant la
protection de l’environnement. Dans l’édition de juillet 2007, il y est
entre autres fait mention des efforts de loto-Québec pour le recyclage
et de Sanofi-Aventis, une pharmaceutique, qui favorise le transport de
ses employés par la bicyclette par son programme Vélo-Boulot. On
mentionne qu’on y a même installé des douches à l’intention des
cyclistes.
Les publicités qu’on retrouve à l’intérieur du magazine Vision durable
font état des efforts des annonceurs comme Loto-Québec, Hydro-Québec et
Pratt & Whitney, pour ne mentionner que celles-là, face à
l’environnement et au développement durable.
Les enjeux environnementaux font dorénavant partie de notre vie. La
population comme l’industrie sont de plus en plus sensibilisés à
l’obligation de protéger la planète. L’économie du Québec repose en
grande partie sur les ressources naturelles provenant des forêts pour
le bois qu’on en retire mais aussi du tourisme avide de nature. Pêche,
chasse, camping, villégiature et randonnées en milieux naturels
attirent de nombreux touristes qui contribuent à l’essor économique des
régions éloignées des grands centres. Pour le Québec, comme pour
d’autres régions du globe, la protection de l’environnement représente
un investissement dans l’avenir. C’est aussi respecter les générations
qui nous suivront en leur léguant un pays où il fera bon d’y vivre.
L’image environnementale, le recrutement et la satisfaction du personnel
Si de nombreux jeunes joueurs de hockey rêvent d’être recrutés par le
Canadien de Montréal, c’est, sans nul doute, basé sur l’image que
l’équipe dégage toujours pour plusieurs. Il en va de même pour les
entreprises désirant recruter de nouvelles ressources. Les futurs
employés désirent de plus en plus s’associer à une entreprise reconnue
et pour laquelle ils soient fiers de travailler. La gestion de l’image
corporative est un facteur important pour le recrutement de nouveaux
employés, surtout ceux des générations X et Y selon Yves Quintal
(Commerce, mars 2007, page 39, beau comme un X). Et qui plus est, il
faut maintenir la fierté de faire partie de l’équipe si on désire
éviter un trop fort roulement du personnel. On ne peut plus y échapper,
le respect de l’environnement par les entreprises joue un rôle majeur
dans cette gestion de l’image corporative.
Dans l’édition d’avril 2007 du magazine PME on peut lire, en pages 16
et 17, un article fort intéressant sur le recyclage de vieux meubles de
bureau par la firme Réseau-Bureautique. Une citation de la
copropriétaire, Véronique Féat est des plus intéressante à propos des
acheteurs de meubles recyclés pour l’environnement de travail : ‘Au
début (il y a 15 ans), les patrons ne disaient pas aux employés qu’il
s’agissait de meubles remis à neuf. Ils auraient eu bien trop honte!
Aujourd’hui c’est tout le contraire : les dirigeants se vantent de
meubler les bureaux avec du matériel recyclé, et les employés, loin de
s’en offusquer en sont ravis.’ Plus loin on peut aussi lire que : ‘bon
nombre de clients actuels n’ont pas pour soucis d’économiser en
achetant des meubles recycler mais plutôt d’améliorer leur bilan
environnemental.
Le SGH et l’image environnementale
Comment le SGH peut-il aider à développer et/ou à maintenir l’image
environnementale? La réponse se retrouve dans les informations qui
seront fournies sur les étiquettes et surtout sur les fiches de données
de sécurité (FDS). En effet, les FDS comprendront des informations
écologiques ainsi que des données sur l’élimination des produits. Il
s’agit d’outils nouveaux que ne considère pas le SIMDUT actuel. Les
étiquettes comprendront les informations sur les risques pour
l’environnement selon les critères préétablis. Le pictogramme
spécifique sera également utilisé.

La classification comprendra trois catégories de toxicité aiguë et quatre catégories de toxicité chronique.
Toxicité aiguë
Les choix dans une des trois catégories de toxicité aiguë seront
basés sur les indices de CE50, CEr50 et de CL50 pour les produits sur
les poissons, les crustacés et les algues. Plus précisément :
INDICE DURÉE (heures) ORGANISME VISÉ
CL50 96 h Poissons
CE50 48 h crustacés
CEr50 72 h Algues et autres plantes aquatiques
Les résultats en mg/l détermineront la catégorie de toxicité aiguë. Ainsi :
CATÉGORIE DE TOXICITÉ CONCENTRATION (mg/l)
Aiguë 1 ≤1 mg/l
Aiguë >1 – ≤10 mg/l
Aiguë >10 - ≤100 mg/l
Toxicité chronique
Les choix dans une des trois catégories de toxicité chronique
résultent également des critères énoncés ci-haut pour les intoxications
aiguës auxquelles s’ajouteront des données sur la dégradabilité et les
possibilités de bioaccumulation des produits chez les espèces
biologiques mentionnées.
Contenu des étiquettes et des fiches de données de sécurité
Dans un article ultérieur nous reviendrons plus spécifiquement sur
les contenus des FDS et des étiquettes. Mentionnons toutefois, que les
FDS comptent 16 rubriques dans un ordre préétabli. La rubrique 12
traite des données écologiques et la rubrique 13 des données sur
l’élimination. Il y sera entre autres question de toxicité, persistance
et dégradabilité, potentiel de bioaccumulation et de mobilité dans le
sol. La rubrique 13 sur les données concernant l’élimination des
produits apportera les informations sur les méthodes d’élimination, de
recyclage ou de récupération des produits.
Les étiquettes comprendront entre autres le symbole

et
une mention d’avertissement (Attention) selon la catégorie ainsi que
des mentions de danger qui devraient se lire comme suit pour, par
exemple, la catégorie 1 des effets chroniques : ‘très toxique pour les
organismes aquatiques, entraîne des effets néfastes à long terme.’
Un peu de vocabulaire
Les éléments fondamentaux qui seront utilisés par le SGH pour classifier les produits sont les suivants (2) :
• Toxicité aiguë pour le milieu aquatique;
• Bioaccumulation potentielle ou réelle;
• Dégradation (biologique ou non biologique) des composés organiques;
• Toxicité chronique pour les milieux aquatiques.
Ainsi, plusieurs expressions risquent de faire partie du vocabulaire
des fiches du SGH et s’ajouter au vocabulaire déjà connu des fiches
signalétiques du SIMDUT. Parmi celles-ci notons :
(Les définitions qui suivent sont tirées de la référence 1 exception faite de la DBO et de la DCO)
Bioaccumulation
Désigne le résultat net de l’absorption, de la transformation et de
l’élimination d’une substance par un organisme à partir de toutes les
voies d’exposition, via l’atmosphère, l’eau, les sédiments/sol, et
l’alimentation.
Bioconcentration
Désigne le résultat net de l’absorption, de la transformation et de
l’élimination d’une substance par un organisme à partir d’une
exposition via l’eau.
CE50
La CE50 est la concentration effective d’un produit chimique dont l’effet correspond à 50% de la réponse maximum.
CEr50
Appliquée pour la toxicité à l’égard des algues, la CEr50 représente
la concentration induisant un effet sur le taux de croissance de 50% de
la population.
CIRC
Centre international de recherche sur le cancer.
CL50
La CL50 est la concentration d’un produit dans l’air ou dans l’eau
qui provoque la mort de 50% d’un groupe d’animaux testés. Contrairement
à la DL50, le produit n’est pas administré.
CSEO
Concentration sans effet observé
DL50
La DL50 représente la quantité de produit administrée en une seule
dose qui provoque la mort de 50% des animaux d’essai qui y ont été
exposés.
Dégradation
La dégradation signifie la décomposition de molécules organiques en
molécules plus petites et finalement en dioxyde de carbone, en eau et
en sels minéraux. La dégradation implique généralement une consommation
d’oxygène, surtout lorsqu’elle se produit par le métabolisme des
microorganismes. Les notions de DBO et de DCO interviennent à ce
niveau.
DBO et DBO5 :
La DBO signifie la demande biologique ou biochimique en oxygène. Il
s’agit de la quantité d’oxygène que devront consommer les
microorganismes pour entièrement dégrader un produit. Prenons par
exemple un solvant comme le chlorure de méthylène, substance que l’on
retrouve dans les décapants à peintures industrielles et domestiques.
La formule chimique de ce produit est : CH2Cl2. La molécule compte donc
deux atomes d’hydrogène (H), un de carbone (C), deux et deux de chlore
(Cl2). La DBO sera la quantité d’oxygène requise par les bactéries pour
que le produit original soit dégradé en produits énumérés. La DBO5
correspond à la quantité en oxygène demandée par les bactéries sur une
période de cinq jours, à une température de 20° C pour dégrader les
produits. Plus la DBO5 est élevée et plus la pollution est importante.
DCO
La DCO signifie la demande chimique en oxygène. La DCO représente la
quantité d’oxygène nécessaire pour oxyder les produits présents dans
l’eau sans l’intervention des microorganismes. La mesure de la DCO se
pratique quand on a affaire à des produits que les microorganismes ne
peuvent pas dégrader. Comme exemple, on pourrait citer des détergents
ou des savons désinfectants. Plus la DCO n’est élevée et plus la
contamination ou la pollution est élevée.
Toxicité aquatique aiguë
Signifie la propriété intrinsèque d’une substance de provoquer des
effets néfastes sur des organismes aquatiques lors d’une exposition de
courte durée. Cette forme de toxicité s’évalue expérimentalement soit
par une CL50 d’une durée de 96 heures sur des poissons, une CE50 de 48
heures sur un crustacé et/ou une CE50 de 72 ou 96 heures sur une algue.
On notera que les résultats obtenus en eau douce peuvent différer de
ceux obtenus en eau salée.
Toxicité aquatique chronique
Désigne les propriétés potentielles ou réelles d’une substance de
provoquer des effets néfastes sur des organismes aquatiques, au cours
d’expositions déterminées en relation avec le cycle de vie de ces
organismes. Les recherches portent sur les poissons, les crustacés et
les algues. Par contre, il existe beaucoup moins de données sur la
toxicité chronique que sur la toxicité aiguë.
On notera que les critères de classification de la toxicité
aquatique des produits sont complexes et qu’il faudra se référer à des
experts en la matière pour obtenir les meilleurs renseignements
possibles. Encore plus complexes seront les informations concernant les
mélanges de produits. Mais, comme pour toute autre information
scientifique, ces données évolueront dans le temps. De nouveaux travaux
nous feront toujours découvrir des propriétés aux produits qui étaient
jusque là ignorés. Nul doute, qu’il faudra favoriser la recherche.
À quand le SGH au Canada?
Le système général harmonisé (SGH) remplacera le SIMDUT d’ici
quelque temps. (3) Quand au juste verrons-nous l’application du SGH au
Canada? Cela semble difficile à prédire avec précision pour l’instant.
L’objectif prévu initialement de 2008 est dorénavant devenu
irréalisable mais cela ne saurait tarder trop longtemps puisque
l’Europe en a déjà fait sa priorité pour 2008. Le Canada a donc de
fortes chances d’engager le processus d’ici deux ou trois ans,
peut-être avant.
Malgré les délais dans l’application de la législation, il est
certain que le SGH sera un jour en application au Canada. Il remplacera
le SIMDUT. Mais ce qui également certain c’est que les entreprises qui
gèrent leur SIMDUT adéquatement auront déjà une longueur d’onde
d’avance pour l’intégration du SGH.
Références :
1. Rapport sur le développement durable 2006, Shell Canada limitée, disponible au (403) 691-3198 (www.shell.ca/grif).
2. Le système général harmonisé de classification et d’étiquetage des produits chimiques (SGH), 2005, Nations Unies.
3. Richards R., l’ère du SIMDUT s’achève, voici le SGH, Travail et santé, juin 2006, vol 22 no. 2